Rencontre avec Lenny, un retraité britannique désabusé

Il y a de ça 2 semaines s’est tenu le festival des échanges culturels entre le Vietnam et le Japon où était exposé différentes sortes de fleurs et autres branches de cerisier que le Japon avait offert au pays pour l’occasion, un festival qui avait pour objectif de renforcer les relations d’amitié et de coopération des deux pays. Ce festival avait lieu dans le vieux quartier de la ville de Hanoï, à quelques pas du lac Hoan Kiem, un quartier connu pour être hautement touristique. Et bien-sûr, pour l’occasion, nombre de touristes s’y sont rendus pour profiter de la beauté des créations florales tout comme de l’atmosphère joviale et décontractée de l’événement.

Vivant avec un couple de retraités vietnamiens, c’est tout naturellement que madame L* me proposa de l’y accompagner, et que j’acceptai avec plaisir. Nous voilà donc parties toutes les deux pour le festival, après les 35 minutes de bus qui nous séparent du vieux quartier. Le festival était évidemment bondé, d’autant de touristes que de locaux se prenant en photo devant toutes les créations florales. Certaines vietnamiennes avaient d’ailleurs pour l’occasion sortie leurs habits traditionnels. Le festival en lui-même était de taille modeste, mais il valait le coup, ne serait-ce que pour voir la statue de Lý Thái Tổ entourée de fleurs.

Lý Thái Tổ
🌸 Lý Thái Tổ entouré de fleurs 🌸

Après un tour dans le festival en lui-même, nous décidâmes de nous arrêter sur un banc au bord du lac Hoan Kiem, qui nous offrait alors une vue magnifique sur la tour de la tortue, vue qui aurait pu être encore plus belle si seulement on avait pu voir le ciel. Et c’est sur ce banc que nous rencontrâmes Lenny, un retraité britannique particulièrement loquace et totalement désabusé du monde dans lequel nous vivons.

Lenny a commencé à parler avec madame L. Il a commencé par se présenter à elle, puis ils ont échangés quelques futilités, sur la pluie et le beau temps, sur Hanoï et le Vietnam. Et bien évidemment, il fallut que je parle, et que je fasse une erreur : je lui ai demandé s’il était déjà allé à Sapa.

Ça vous paraît léger comme erreur, n’est-ce pas ? Et est-ce vraiment une erreur après tout, que de demander à quelqu’un qui en est à son huitième passage au Vietnam, et qui a voyagé dans tant d’autres pays auparavant, de savoir s’il était passé par Sapa, un endroit que moi-même j’espère un jour visiter et dont on m’a déjà tant parlé, en bien comme en mal, pour me forger une réelle opinion sur l’endroit et savoir si oui ou non cette destination devrait rester dans mon agenda ?

Dans tous les cas, il n’y avait plus rien pour l’arrêter. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi énervé, et n’aurais jamais imaginé que ma question puisse réveiller en lui autant de désabusement. Car oui, plus qu’énervé, Lenny est avant tout attristé du monde dans lequel on vit. Et si la discussion était d’abord focalisée sur le Vietnam, elle a très vite débordée sur l’occident, et plus particulièrement l’Europe. Et évidemment, le Brexit s’est invité à la conversation. Car Lenny est un fervent détracteur de l’Union Européenne. Non, Lenny n’est pas contre l’UE car il permet aux étrangers, et notamment les polonais, d’envahir son pays, mais bien parce que pour lui l’UE vole ses citoyens membres pour donner à des gouffres financiers qui ne le méritent pas. Et plus particulièrement, elle vole l’argent de ceux qui travaillent dur pour pouvoir vivre, et le donne aux « fainéants », à ceux qui vivent des subventions sans redonner quoi que ce soit en retour.

Et ce discours, il a résonné en moi. D’une part parce que mes parents font partis des gens qui travaillent et qui se font saigner à blanc par le gouvernement et l’UE, des gens qui en ont marre, et qui se sentent baillonés et trahis par des dirigeants toujours plus riches alors qu’eux sont toujours plus pauvres. Et d’autre part parce qu’il a aussi déversé son mépris pour une partie de la génération de laquelle je fais partie. Ces jeunes a qui on donne tout, qui n’ont pas besoin de travailler pour avoir de l’argent, de l’argent qu’ils savent réclamer sans cesse à leurs parents. Et ces jeunes là, qui bénéficient de tout, je les ai vu. Ces jeunes qui voyagent et ne voient rien du pays où ils sont car ils ne viennent que pour boire et s’amuser, et se contente de ce qu’on essaie de leur faire gober, tout en se vantant de leur « voyage » sur les réseaux sociaux, se vautrant dans leur confort financier, pendant que d’autres ont extrêmement de mal à vivre, devant jongler entre étude et travail pour vivre et s’instruire.

Car le Vietnam n’est pas juste un pays beau, c’est un pays en plein développement qui fait face à de nombreux problèmes. En dehors des quartiers touristiques, la ville est sale, la ville est mal-odorante, la ville est vrai. Car ici on se réveille à 4h30 avec les poules. Et à 5h30 tout le monde est dehors et fait le tour des marchés de rue. Les locaux ne vont pas dans les restaurant à 200 000 VND par personnes, mais ceux à 30 000 VND où tu manges plus qu’à ta faim sur des tables en plastique collées les unes aux autres. Ce Vietnam aux bords de route jonchés de déchets en tout genre. Ce Vietnam où il reste tant à faire socialement, où beaucoup voient encore l’homosexualité comme une maladie.

Et si pour Lenny ce Vietnam n’est pas beau, pour moi il fait partie entière de la beauté du pays. Car oui, le Vietnam est loin d’être parfait, mais il est authentique. C’est un pays en voie de développement, ça se voit, et c’est normal. La situation économique de ce pays évolue de façon drastique, et quand il aura fini sa transition dans 10 ou 15 ans, il aura changé de visage, et les mœurs auront évoluées.

(Plus d’1h30 de discussion houleuse, qui faisait plus figure de monologue que de réelle discussion d’ailleurs, Lenny eût finalement fini de me parler, et madame L et moi nous excusâmes pour aller manger. Je doute que madame L ait compris l’ampleur de tout ce qui venait de s’être dit, et ce n’est pas plus mal d’ailleurs.)
*Je ne souhaite aucunement divulguer le nom de mes logeurs, mais pour le bien des histoires que je risque de vous raconter, il m’est plus simple de ne pas les omettre.  Je vais donc me contenter de les appeler Monsieur et Madame L. 

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